L'adaptation animée de Mushishi (parfois écrit Mushi-shi) est signée Artland. Elle couvre 5 tomes et un chapitre du manga, qui compte en tout et pour tout 10 tomes, pour un total de 26 épisodes d'environ 25minutes chacun. Techniquement parlant, une particularité de cette adaptation est le choix très intéressant de confier storyboard, animation et autres à différentes personnes d'un épisode à un autre. En témoigne la liste à cet endroit. Comment cela est-ce possible?
C'est simple, Mushishi n'a pas de réel fil conducteur (ce qui permet à l'adaptation de prendre les chapitres dans un autre ordre que celui du manga). On suit en fait les aventures de Ginko, un Mushishi condamné à voyager sans cesse et qui va aider les personnes qu'il rencontrera au fur et à mesure à vivre avec les Mushis.
Ces derniers sont en fait les êtres les plus proches de la vie, ils sont là, certains les voient, d'autres pas mais ils existent. Parfois nocifs, parfois bénéfiques, l'être humain doit faire avec et Ginko les connaît parfaitement.
Chaque épisode correspond en fait à une rencontre d'une personne et d'un Mushi ayant ses particularités. Ainsi nous allons du Mushi qui laisse apparaître un trou dans une montagne à celui faisant de nos rêves et cauchemars une réalité en passant par un autre permettant de ressusciter une personne.

La puissance de l'anime réside dans ses décors, ses couleurs. D'une beauté extrême, c'est un réel plaisir contemplatif que de regarder Mushishi. Le rythme est très lent et reposant. Fan d'action uniquement, vous ne trouverez pas votre compte ici. Mushishi est un hommage à la nature qui ne tombe pas dans le moralisme, loin de là. Simplement, il tient à nous montrer la beauté de ce qui nous entoure. C'est aussi une retranscription de certaines superstitions orientales. Cela n'empêche pas de trouver certains épisodes très glauques. Tout de suite, cet épisode où une femme infectée par un Mushi durant sa grossesse et accouchant finalement d'une sorte de grosse masse verte me vient à l'esprit. Finalement, cela peut être rattaché au fait que nous ne maîtrisons pas la nature. Elle est toute puissante, nous devons vivre avec. Très peu d'épisodes sont liés les uns les autres. Quand cela est le cas, souvent cela sert à introduire le passé de Ginko, afin de lui donner plus de profondeur. Ginko est en effet d'un intérêt indéniable dans ce chef d'oeuvre. Ses choix paraissent souvent les plus judicieux, les plus sages. Il lui arrive d'être voué à faire des choix difficiles mais jamais ce choix ne choque. Sa cigarette à la main (ayant pour but véritable d'éloigner les Mushis qu'il attire sans cesse) ajoute un petit plus à sa classe. Très vite cependant, on se rend compte que ces épisodes sur son passé ne sont finalement qu'un prétexte pour introduire un nouveau Mushi.

Venons-en au manga. Souvent, on dit que la source d'inspiration d'une adaptation est forcément meilleure. En considérant que l'anime ne traite pas l'ensemble de la version papier (ce qui aurait été difficile, elle s'est terminée l'an passé au Japon), ne pas lire cette dernière serait stupide. Mais force est de constater que sur la partie traitée par l'anime, le manga ne tient pas la comparaison et de loin.
Mushishi est, je l'ai déjà dit, une oeuvre très contemplative. De fait, les couleurs et musiques au sein de l'animé appuient très fortement ce côté. Le manga ne pouvant bénéficier de ces points, il est d'office perdant. Pour autant, soulignons l'effort des éditeurs japonais et français d'avoir permis à l'auteur Yuki Urushibara d'ouvrir certains de ces chapitres par des pages couleurs, quand ce ne sont pas, quelques rares fois, des pages intérieures du chapitre qui profitent de ce bonus.
De plus, le manga souffre du temps nécessaire à Yuki Urushibara à trouver ses marques. Dans les premiers tomes, les personnages paraissent souvent trop 'longs', les chapitres menés maladroitement. Ces 2 points s'améliorent toutefois grandement ensuite et malgré l'absence de couleurs, le manga parvient à atteindre une qualité exemplaire en faisant une référence évidente.
Puis le manga bénéficie de l'ajout des notes de l'auteur très nombreuses qui permettent de comprendre d'où elle tire son inspiration, de voir à quel point elle est émerveillée par ce qu'il l'entoure, par ce que ses aînés ont pu lui raconter d'étranges. La lire mène à penser que la venue de Mushishi à son esprit était inéluctable. Étrangement, je n'ai jamais entendu parler d'elle que pour cette oeuvre en fait.
Personnellement, j'ai de toute façon une grande préférence pour le format papier: un chapitre se lit beaucoup plus rapidement qu'un épisode à regarder, j'apprécie le contact du papier... et surtout, seule la version papier est disponible dans nos contrées.

Mushishi, c'est le bonheur à l'état pur.