Des bulles d'horreur
Par MimS le mardi, novembre 24 2009, 20:50 - Animanga - Lien permanent
Parfois, le hasard guide nos choix. On prévoit une chose et finalement on en fait une autre sans savoir où cette dernière va nous amener. Le résultat peut être une bonne comme une mauvaise surprise. Acheter un one-shot d'Inio Asano car on en a pas trouvé un autre de Benjamin, One day qu'on veut pourtant depuis longtemps, ce n'est pas vraiment un risque. Inio Asano étant réputé à juste titre pour Un monde formidable et Le quartier de la lumière, se procurer Le champ de l'arc-en-ciel, dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à aujourd'hui, laissait donc peu de place à la mauvaise surprise.

Intrigué par cette couverture bien sombre, la lecture commence et si la surprise n'a pas concerné la qualité de l'oeuvre, son genre est terriblement poignant, perturbant même pétrifiant. Le "public averti" assigné à l'édition française est justifiée:
Le champ de l'arc-en-ciel est narré comme aime le faire Inio Asano, on suit l'histoire à travers le point de vue et les souvenirs de plusieurs personnages tous plus ou moins liés. Ils sont ici nombreux et ont tous leur part d'ombre, répugnante sans aucun doute. Leurs sentiments sont montrés crument, sans aucun détour même dans leur intimité.
Le rêve fait parti intégrante de l'histoire rendant la narration fragile, c'est au lecteur de parvenir à faire la distinction entre rêves et réalité. Cette fragilité est accentuée par les non-dits fréquents, la lecture nécessite une attention particulière, la relecture est indispensable. Les mots ne sont pas seuls maîtres de l'histoire, une planche, une case peuvent laisser entendre beaucoup plus de choses. Être capable de lier les différents évènements de ce qui n'est finalement qu'un incroyable puzzle.

Haine et souvenirs sont au cœur de l'histoire. Le premier sentiment est magnifiquement retranscrit par Inio Asano. Son trait graphique empli de réalisme, qui n'exagère pas sur les expressions mais s'inspire de notre réelle anatomie, sert parfaitement l'histoire. En effet, il vient magnifier l'horreur des évènements. Entre obscénités et violences en tout genre, souvent politiquement incorrectes, le réalisme de son trait permet au lecteur de s'identifier aux personnages et de parvenir à ressentir le dégoût, la haine qu'on ressentirait à leur place. Ce n'est pas sans petit sursaut lié à ces émotions que se passe la lecture. De nombreuses fois, reprendre son souffle est nécessaire avant de continuer sa lecture face à ce que l'auteur ose dessiner sans le moindre complexe.
Pour autant, son trait ne sert pas qu'à peigner des horreurs. Les paysages urbains, les plans de ciel, le travail de la lumière sont autant de choses qu'Inio Asano sait dessiner d'une main de maître. Devant certaines planches, on ne peut qu'être émerveillé et s'amuser à analyser les moindres détails de celle-ci. Parfois, on se demanderait même s'il n'a pas osé imprimé incruster ses personnages sur des photos.
Le champ de l'arc-en-ciel est un thriller terriblement efficace et bien mené. Diverses interprétations sont à priori possibles, quel qu'elle soit, il paraît difficile d'échapper à une relecture tant la narration est volontairement troublante.
Finalement, cette œuvre est juste fascinante, quand bien même elle est perturbante, elle vaut le détour.
Inio Asano a encore frappé.

Commentaires
Il a l'air bien... Merci pour la decouverte !
Puis ton style, quelle classe MimSounet ! ^_^
KP
Bel article qui résume bien les sentiments qu'on a à la lecture de ce manga. Effectivement, relecture indispensable car la narration est dense et complexe. Asano, dont les œuvres ne sont pas toujours joyeuses mais distillent souvent une dose d'espoir, n'a pas pris cette peine ici. C'est sombre, sombre, sombre.
J'ajoute que, comme souvent chez Panini Comics, l'édition est très belle, avec cette couverture noire matte surimprimée au vernis brillant, et une belle qualité d'impression et de traduction. On nous affirme que le livre papier est mort et qu'il se fait pirater dans tous les sens : proposer aux lecteurs un bel objet comme ça est la façon la plus intelligente de résister.
Au fait, tu mens dans ton intro. Je t'en avais déjà parlé ! :p
Bref. Inio Asano, valeur sure !
Le seul Asano édité en France que je n'ai pas encore eu la chance de lire. Ca à l'air beaucoup plus sombre que ses autres oeuvres. Je le veux !
Ô crois moi, Deuz, il vaut le détour, il le vaut vraiment.
Content que tu viennes enfin jeter un petit coup d'oeil par ici (malgré ma mince activité ^^)