Invictus est un film, qui selon moi, possède diverses lectures, je ne saurai vous en parler autrement qu'en vous les exposant. Je ne vais pas faire un speech pour dire que j'ai aimé le film, je considère qu'à partir du moment où j'expose ces lectures c'est l'évidence même. Non, je veux seulement partager mes interprétations aussi évidentes ou peut-être même fausses soient-elles:
Il raconte la vie de Mandela et est un hymne à la fois au pardon et au sport. Ce sont un peu plus de 2h où on a droit à un magnifique récit sur l'humanité entre vie quotidienne montrant les peuples noirs et blancs sans cliché, opposition de ces 2 peuples et petit à petit compréhension de l'un envers l'autre, le tout soutenu par une bande-son juste géniale, évoquant magnifiquement le pays où se déroule l'histoire, première bande-son que je veux posséder depuis Slumdog Millionaire.
Mandela se fait le symbole de cette compréhension. Clint Eastwood raconte ici sa vie personnelle et politique à travers elle. La description se veut la plus réaliste possible, le réalisateur n'oublie pas qu'il parle d'un homme politique avec ses hauts et ses bas, ses réussites et ses erreurs. Toutefois, je reconnais qu'il accorde une plus grande importance à ses hauts et réussites. Les 2 autres points ne sont qu'évoqués rapidement, amenés à être compris par l'importance qu'accorde Mandela vis-à-vis de la réconciliation au détriment de nombreux sujets dont parmi eux le SIDA qu'on sait avoir été malheureusement négligé. Mandela se dit maître de son destin, capitaine de son âme et c'est avec cette conviction qu'il va mener tout un peuple, au travers de l'équipe de rugby, à s'unir quitte à déplaire à ses confrères politiques en affichant clairement ses couleurs lors de grands évènements comme la finale de la coupe du monde face de rugby à la Nouvelle Zélande de Jonah Lomu où il apparaît avec le maillot des Springboks.

Je choisis volontairement une photo de l'évènement tel qu'il s'est passé pour souligner à nouveau ce soucis de réalisme que possède Eastwood car vous aurez droit à cette image dans le film (et aussi car je me sens pas de chopper le film pour ça, oui j'avoue). Notez d'ailleurs que le générique de fin voit défiler de réelles photos de cette finale semble-t-il épique.
Venons-en aux hymnes du film.
Le pardon d'abord:
Il y a une citation lue dans Génocidé, livre que j'affectionne énormément, qui résume à elle seule la philosophie de Mandela, "Le pardon est là précisément pour pardonner ce que nul ne saurait excuser" de Vladimir Jankélévitch. Dans cette phrase, on comprend que ce pardon est la première étape, la seule qui pourra permettre non pas à un peuple mais aux deux peuples d'aller vers l'avant, de ne plus retomber dans le fonctionnement qu'a pu être celui de l'apartheid, fonctionnement qui entraînerait un cycle de haine sans fin. Après, ne pas faire une erreur en pensant qu'il faut oublier, nous n'avons pas non plus droit à de beaux discours, juste que ce pardon apparaît finalement comme indispensable. Mandela l'a compris et a fait un calcul humain, il choisit volontairement de ne pas retirer à ses anciens ennemis ce qui les caractérise. Vous l'avez deviné, j'évoque là le nom et les couleurs des Springboks. Comment espérer se réconcilier autrement? De son cabinet jusqu'à un domaine aussi simple, il affiche un respect énorme envers leurs mœurs et va essayer d'amener le capitaine de l'équipe, François Pienaar, en qui il voit un atout de par sa personnalité, à la même conclusion que lui. Évidemment, c'est surement ici qu'Eastwood a romancé la réalité. Je ne vais pas mentir, en 1995, j'avais 5ans alors vous imaginez bien que je n'ai pas une connaissance énorme du sujet mais je suppose que ce ne fut pas aussi simple de l'y faire parvenir. Toutefois, cela reste crédible et fait parti de ces preuves d'humanité qui donnent une force au film.
Après le pardon, parlons du sport, plus précisément du rugby ici: Peut-être savez-vous ce que sont les footix? Personnellement, si on devait parler rugby, je l'admets, je serais rugbix. Je n'aime pas ce sport mais lors de grands évènements comme la coupe du monde, je soutiens activement notre bien-aimée équipe de France comme si j'en étais fan. Ces moments là unifient un peuple, tous les différents sont plus ou moins mis de côté car tous ne veulent qu'une chose: voir leur patrie gagner. Le rugby est donc un symbole, celui qui unifiera les anciens ennemis. Ce n'est pas une équipe qui gagne la coupe du monde, c'est tout un peuple! Finalement, le rugby devient un enjeu politique. Mandela veut faire accepter les couleurs vert et or des Springboks à son peuple qui au fur et à mesure va passer outre et se sentir autant concerné que par la minorité blanche par la victoire. Le sport est un dépassement de soi, un moment où on vit tous les mêmes émotions entre déception et joie pour son équipe. Joli tour de force du réalisateur encore une fois: lors de la finale, bien qu'on connaisse déjà le résultat (enfin en principe), on se surprend à soutenir l'Afrique du Sud comme si nous-mêmes en étions habitants. J'ose dire qu'il n'y a qu'avec le sport que cela est possible. Cela se vérifie même dans le football où on sait à quel point ne pas se qualifier pour la coupe du monde peut être dramatique pour certains pays d'Afrique noire d'un point de vue politique. Avec humour, j'ai envie de dire: Sport, connecting people. Une belle métaphore de ce résumé en trois mots serait une scène du film où on voit les gardes du corps blancs de Mandela apprendre les règles du rugby à aux gardes noirs, plutôt attirés par le foot à l'origine comme la majorité de leurs semblables. Pourtant, les deux camps étaient loin de s'apprécier au début, c'est bien cette simple chose qu'est le rugby qui va leur faire oublier leur passé trouble.
Tous ces interprétations aident à rendre ce film intense, à ne pas voir passer les 2h, heures finalement mémorables grâce à elles.
Pour elles je vous dirai tout simplement: Allez voir Invictus, allez aimer Invictus, revenez et parlez d'Invictus.

Trailer ici