Jusqu'à la lecture de ce roman, je ne connaissais pas Joyce Carol Oates.
Depuis la lecture de ce roman, je n'ai qu'une envie: lire tout la bibliographie de Joyce Carol Oates. A l'espace qui lui est dédié dans les enseignes les plus connues, il semblerait qu'elle possède une certaine réputation car il n'est pas bien difficile d'y accéder. Un petit tour sur un certain moteur de recherche et j'obtiens très rapidement la confirmation de la reconnaissance qu'elle a pu obtenir.
Tant mieux.

Je ne sais pas si Fille noire, fille blanche est le meilleur de ses écrits. Par contre, je sais qu'il m'a tenu en haleine, que pour la première fois en lisant un roman, je n'ai pas compris avant de me rapprocher de la fin ce que l'auteur contait réellement. Je vais essayer de conserver cela pour moi et de parler autrement du livre.
États-unis, milieu des années 70, époque hippie, Américains noirs comme blancs essaient d'oublier leurs différents passés, condamnent le racisme... Tout en sachant très bien que le malaise reste, ce ne sont pas des apparences mais presque. Difficile de faire confiance à ceux qui avant te traînaient dans la boue, à ceux qui avant te paraissaient sales. C'est dans ce cadre que se passe l'histoire de ces 2 étudiantes, Minette, la noire, et Genna, la blanche.
Elles sont étudiantes et internes, partagent la même chambre. La blanche est l'héritière du fondateur de l'établissement, la noire est boursière et se moque de l'histoire de l'édifice. La blanche vient d'une famille ouverte, peu soudée, un tantinet décalée, la noire, elle, tient sa foi de sa famille sans qui elle ne serait rien. La blanche, un peu ignorante, veut devenir amie de cette noire si particulière, à l'attitude si atypique pour une personne de cette couleur. La noire ne s'occupe pas de ce qui l'entoure. Même verte, elle agirait comme si sa peau n'était en rien motif d'exclusion, de méfiance. Tout oppose finalement Genna et Minette, de leur couleur de peau à leur mode de vie. On le sait dès le début: Minette va mourir. On ne nous le cache pas.
En fait, Genna est l'auteur de tout le récit, c'est elle qui nous raconte ce qu'elle a vécu. Elle ne se limite en réalité pas à sa seule vie d'étudiante, elle parle de sa famille à l'aide de flashbacks totalement imprévisibles. Sa narration est d'ailleurs étrange, inégale. Chapeau à Joyce Carol Oates car elle parvient à réellement donner le sentiment que Genna dépose, ce qui est finalement un aveu, par à-coups, spontanément, comme si elle écrivait dans un journal intime. Genna nous raconte la vérité qui se cache derrière les mensonges. Elle nous raconte ce qui l'a aidée à grandir, à prendre conscience de ce qu'était réellement sa vie. Elle nous raconte la vie qu'elle a partagée avec une noire que même les autres noires n'aimaient pas. Elle nous raconte l'influence sur elle qu'a eue la turbulente vie de son père. Tout ça sans s'épargner, en insistant sur son ignorance, sur sa part de responsabilité.
Ce roman est vraiment poignant. On attend impatiemment la description de la mort de Minette, on la prend en pitié tout au long du récit, on s'essaie à imaginer qui peut être l'auteur de sa disparition....
Et avant qu'on puisse enfin savoir, tout s'écroule. Un évènement vient chambouler le récit et tout détruire. C'était si facile de plaindre la noire finalement malgré son attitude hautaine et insupportable. Joyce Carol Oates vient nous remettre les idées en place et rappeler grâce à l'opposition constante entre Minette et Genna que les gens, peu importe leur couleur de peau, ne récoltent jamais que ce qu'ils ont semé. Sans aller jusqu'à dire que sa mort est méritée bien évidemment, simplement, elle nous paraît inévitable. Elle était en fait prévisible.
Et, sans que je ne vous en révèle la cause, Minette finit effectivement par quitter Genna.
Mais l'épilogue n'est pas encore là.
Genna n'a pas terminé.
Elle n'a pas encore tout avoué.
C'est à ce moment que je compris que ce n'était pas, comme je m'y attendais pourtant à la lecture du titre, une histoire centrée autour des liens entre noirs et blancs une fois les barrières raciales abolies aux États-Unis. Je me demandais pourquoi ces flashbacks sur la famille de Genna. Les rapports noirs/blancs ne sont qu'un élément de l'intrigue, une cause parmi d'autre de l'évolution de Genna. Finalement, c'est peut-être tant mieux, leur relation n'est jamais stéréotypée, Joyce Carol Oates parvient magnifiquement à se glisser dans la peau d'une étudiante de l'époque.

Fille noire, fille blanche est un livre réellement prenant, l'auteur parvient à maintenir le suspense jusqu'aux dernières pages. Elle réussit également à créer de vraies personnalités aux personnages principaux. On pourrait regretter l'absence de développement de certains personnages secondaires mais à y regarder de plus près, ce n'est pas important; Genna ne nous parle finalement que de ce qui la concerne et cela finit par devenir un choix légitime.
Sans pouvoir juger de la qualité de la traduction, je pense pouvoir malgré tout affirmer que c'est bien écrit. Comme le ferait un journaliste, on nous sert des phrases courtes, simples et efficaces. Sans crier au génie, je vous conseille fortement la lecture de ce roman qui saura très bien remplir le rôle de livre de chevet.