Avant de dire concrètement ce que j'ai pu penser de ce manga, je tiens d'abord à dire dans quelles "conditions" je l'ai lu. On va dire qu'à compter du moment où je tape ces lignes, j'avais du lire la première moitié du manga, il y a de cela 2 ans. Partie qui se terminait après le tournoi de Monaco. Pourquoi n'avais-je pas continué?
Tout bêtement, la fin de cet arc laissait fortement penser que l'auteur avait jeté toutes ses cartes, qu'il était allé au bout de tout concept loufoque imaginable (car c'est bien un manga complètement timbré que nous avons là). Par peur de me retrouver déçu par ce qui allait suivre, craignant le pire, j'avais décidé de prendre cette fin d'arc comme une fin ouverte qui me satisfaisait amplement.
Il se trouve que je connais quelqu'un possédant la série désormais complète dans notre petit hexagone, et, voyant l'étagère, je n'ai finalement pas pu résister à ma curiosité et j'ai donc décidé de juger ce qu'il en était vraiment.
Je tiens à préciser tout ça car, mine de rien, en 2 ans, il paraît aussi évident que mes goûts ont évolué. J'annonce d'office: j'ai adoré la première partie. Peut-être ne serait-ce pas le cas aujourd'hui, j'ai choisi de toutefois rester sur cet avis positif et ai direct repris ma lecture là où je l'avais laissée.

Et donc, au final, qu'est-ce que ça donne?
Globalement, c'est quand même une bonne série. Le pari est réussi: L'auteur parvient à nous parler de pain, rendant le sujet aussi intéressant que n'importe quel autre. Suivant le schéma classique du shonen, on va suivre un héros un peu benêt affronter des boulangers faisant des pains toujours plus bons, toujours plus... puissants. Oui, puissants.
L'idée est en fait simplissime. Leurs créations sont à chaque fois évaluées par un jury reconnu, jury dont les réactions sont plus ou moins, comme je le disais, puissantes, et même tout simplement abracadabrantes, en fonction de la qualité du pain. A noter aussi que toutes ses réactions sont à chaque fois accompagnées d'un jeu de mot juste nullissime, tellement nullissime qu'on en meurt de rire.
En dehors du cadre boulanger, Azuma se retrouve toujours dans des situations tout simplement invraisemblables, elles aussi provocatrices de rire. Autant dire, tout simplement, que ce dernier petit élément est le noyau de toute la série.
C'est vraiment un plaisir de suivre cet innocent petit personnage aux recettes, qu'il nomme justement Ja-Pan, toutes toujours immensément créatives contrairement à ce que pourrait laisser croire son haut degré de naïveté.
Parlons-en des recettes d'ailleurs. A priori, lorsqu'elles nous sont expliquées, elles paraissent globalement infaisables, surtout que, comme cela a pu être le cas avec Hikaru no Go par le passé, les explications sont parfois à un niveau technique faisant qu'on accepte sans trop chercher à comprendre. Pour autant, tout comme Hikaru no Go encore une fois, le plaisir n'est pas gâché, loin de là, car l'intérêt ne se situe pas dans le côté scientifique de la chose mais bel et bien sur la réaction que les ingrédients utilisés dans un pain vont provoquer. Selon l'auteur, les recettes présentées seraient à plus que 50% réalisables dans la vraie vie. Je ne me suis personnellement pas amusé à vérifier mais cela pourrait être intéressant à faire. Une chose essentiele à prendre en compte:
Le public visé à la base est japonais, public qui, contrairement à nous, Français, n'a pas le pain ni la baguette dans ses mœurs. Le but de Hashiguchi est donc aussi partiellement de faire découvrir à son premier public cet aliment. Il y a fort à parier qu'il ne se doutait pas une seule seconde que cela aurait aussi de l'intérêt pour nous. Le fait est que ce côté complètement décalé, cette envie de créer des pains de l'extrême l'amènent finalement à imaginer des choses qui se révèlent également surprenantes pour nous.
Plus haut, j'ai mentionné l'importance des jeux de mots dans les jugements. Je me dois donc de mentionner autre chose: la qualité de l'adaptation par l'éditeur qu'est Akata. En effet, ce dernier a réussi à réadapter les jeux de mots pour qu'ils nous paraissent drôles sans pour autant donner l'impression d'avoir dénaturé l'œuvre ou d'avoir perdu en information. Je me suis honnêtement trouvé de nombreuses fois admiratifs devant le nombre de choses qui devait avoir été horrible à traduire.

Bref, tout porte à croire qu'on a un shonen de grande qualité jusque-là. Original, distrayant, ludique, il a tout pour plaire.
Ou pas.
Cette deuxième partie que je n'osais pas lire par peur de voir le manga irrémédiablement aller en pente descendante vient tout gâcher. Mes peurs se sont concrétisées. Loin d'être crédible en première partie, les délires de l'auteur ne venaient toutefois par heurter ce que je vais appeler "ma limite de connerie imaginable". Mais à vouloir aller toujours plus loin, l'auteur en a juste trop fait jusqu'à finalement se perdre.
Tout en restant agréable à lire, la deuxième moitié de la série paraît tout simplement longue. Le système de narration qui mène Azuma à affronter des boulangers devient lassant. Après un boulanger super effrayant et doué, on a droit cette fois à un boulanger complètement excentrique aux recettes qui rivalisent à la créativité d'Azuma, puis ensuite, comme si le manque d'inspiration de l'auteur ne se remarquait pas déjà, on fera appel au mec paumé des premiers tomes que tout le monde avait oublié pour montrer que nos héros sont pas les seuls à progresser. Tout ça évidemment dans le cadre d'un énième tournoi.
C'est là en fait le gros défaut de la série: elle est trop longue pour ce qu'elle est et ne parvient pas à se renouveler.
Pis viennent les trois derniers tomes juste... hors sujet. On se demande si on lit bien le même manga qu'au début. Hashiguchi oublie presque le pain pour partir, d'abord, dans une confrontation DBZiste/Narutoiste/Bleachiste/Similairiste dont on attendra la fin impatiemment pour ensuite finir le manga sur un trip écolo entre ridicule et moralisme insupportable, quand bien même il le fait sur le ton de l'humour.

Alors, on finit la série avec un goût amer dans la bouche, on se dit que c'est un potentiel qui s'est d'un coup écroulé. Tout ce qui a pu rendre Yakitate Ja-Pan unique disparaît pour ne laisser place qu'à la déception.
Ce qui, sur une quinzaine de tomes, aurait pu être un shonen comique immanquable ne devient finalement qu'une série banale.
Au final, faire ce que j'avais décidé au début: arrêter la série après avoir terminé l'arc du tournoi de Monaco, dans lequel vous découvrirez Pierrot ou le personnage le plus comique de toute la série.