Inspiration en plein lune
Loin des virées nocturnes
J'reprends ma plume
J'décide de me laisser chavirer entre chaque vers
C'est une inspiration spontanée loin d'chercher à plaire
Seulement j'suis pris entre le marteau et l'enclume
Alors bien que peu utilisée et longtemps mise de côté
Ma verve, toujours authentique, revient s'exprimer
A chaque ligne j'mesure le poids des mots
Pour que s'allège celui de mes maux

Banlieusard natif, origine immigrée
Loin de me sentir discriminé
J'suis plutôt fier d'être Français et d'ma culture métissée
Mais tu sais ma culture d'immigré, j'ai tendance à l'oublier
Planqué derrière des prétextes pétés, flingués
La fierté des miens, ceux de là-bas, c'est du pipo
Demandez leur si j'suis comorien ou français
Vous verrez qu'ils vous répondront pas à demi-mot
Tout juste capable d'utiliser ma langue, ce beau Swahili
J'me demande si j'suis pas tombé dans l'panneau
Non pas intégré mais assimilé, j'fais partie du tableau
Oublierais-je la terre de mes parents si elle avait connu la guerre d'Algérie ou le massacre Tutsi?
Pourtant y'en a bien des fois où j'ai été indigné
En ce terme n'y voyez vraiment rien de politique
Même si ce sont les politiques qui en moi créent parfois la polémique
Quand Guéant, faisant de nous des voyous, a marché sur notre dignité
Je revois aussi la mort des Comoriens français en avion
Celle qui laisse bien indifférent à côté des Français morts dans le vol de Rio
Pourtant mon père lui se sentait complètement concerné
Combien de temps son cousin je l'ai vu pleurer
Pas d'inquiétude, je n'en veux à personne à part moi-même
Bientôt 22 balais, ma culture, il est temps que je m'en imprègne
J'ai passé bien trop de temps à relativiser, m'excuser
En condamnant les droites xénophobes, je pensais pouvoir m'épargner
J'mérite un uppercut, peut-être qu'enfin je me réveillerai
Que je n'oublierai plus que mon prénom, ma grand-mère me l'a donné
Elle que je ne connais pas vraiment, qui vit si loin de moi
Que dirait-elle si elle savait ce que je suis devenu
J'crois bien qu'elle tomberait des nues
Je l'imagine déjà blâmer sa fille
Avec un regard qui la déshabille
Ma mère qui pourtant n'a rien à se reprocher
Elle qui m'a tout donné, elle peut garder la tête haute
Je suis le seul sur qui porte la faute

Alors je ne sais quelle voie choisir
Me voir face au miroir ou regarder dans mon dos
Si finalement j'étais l'unique source de mes maux
Il est temps que je quitte ce statut de martyr
Derrière moi je ne ressens aucun coup de couteau
Et le verre n'en reflète pas non plus sous ma gorge
Il est temps que je me jette à l'eau
Que je découvre toutes les bonnes choses dont ma culture regorge
Quitte à me noyer, ce sera sans regret
Pour moi-même, pour mes parents et aussi pour la France
Pour que cet hexagone reste empli de diversités
Jusqu'à que plus haut ils réalisent leur chance.
Pour ceux qui m'ont donné la vie et me la donnent encore aujourd'hui
Originaires de N'gazidja, leur paradis
Pour me rappeler qui je suis
Pour être à la hauteur de mon combat et de mes idées
Puisque je peux très bien être à ma place là-bas et ici
Je suis Franco-comorien, Comorien français
Saurai-je seulement affirmer ma conviction plus loin que ces lignes...